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Les citations

C'est l'heure des nouvelles aventures avec LA VERSION AUGMENTÉE AUDIO du texte !

Survivre 3 mois à Paris sur la 4G de son téléphone et le partage bluetooth, m’aura donné l’illusion d’établir enfin un rapport sain et modéré aux réseaux sociaux. J’allais pouvoir tenir un discours anti-consumériste, poster une publication aux 5 mois, et me tenir au-dessus de la plèbe. C’était évidemment jusqu’à ce que je retrouve ma borne Wifi.


3 mois sur une 4G, c’est aussi un profil envahi d’herbes folles. Moi qui alimentait avec soin l’algorithme facebookien de contenus culturels, je retrouve un terrain en friches, abandonné aux sites de rencontres pour célibataires, aux vidéo Brut, et... Aux citations.


Vous savez, ces leçons de vie à deux balles sur fond de lac et montagnes. Pour commencer, y’a la citation qui a du sens dans un ouvrage de Nietzsche mais aucun une fois sortie du dit ouvrage que le publicateur de la dite citation n’a probablement pas lu. On l’écrit en gros et en lettres capitales, police 40, bien centrée :


FAIS DE TA VIE UN RÊVE ET D’UN RÊVE UNE RÉALITÉ.



Ok, certaines personnes aspirent sincèrement à répandre la bonne parole, mais je serai plutôt portée à croire que ces proverbes bon marché trahissent un besoin de se convaincre soi-même. Se convaincre pour faire taire la petite angoisse dans le plexus… cette sensation de ne pas vivre assez, justement… Crisse ton camp et avance sans te retourner, la chance appartient aux audacieux ! Mais oui... Elle appartient aussi aux artistes sur l’assurance emploi, ainsi qu’aux demandeurs de subventions désabusés et aux travailleurs communautaires payés salaire minimum.


Il faut aussi compter sur les citations condescendantes, concomitantes des sites pvtistes et des forums de voyageurs.


« Le voyageur voit ce qu’il voit, le touriste voit ce qu’il est venu voir »


Comprenez. Ces personnes dorment chez l’habitant. Surtout, ils ont un backpack sur le dos et non une valise à roulettes. Conformistes du non-conformisme, leur keffieh et leur tente quechua leur donnent le droit de penser qu’ils ont tout compris et pas nous.


Faut pas croire, moi aussi j’aime ça, voyager, je le fais pour vrai avec un bagpack, et ça m’arrive aussi pour de faux, avec une valise à roulettes. Moi aussi je bouffe des nouilles déshydratées. Et moi aussi je fais l’achat d’un billet d’avion participant en toute connaissance de cause, à une pollution massive au kérosène ! Ça vous reste en travers de la gorge, mais voyager, c’est consommer. Du paysage, de la nature, du loisir. Écologique peut-être, local même, consommable toujours.


Et tant qu’à faire dans la facilité, sachez que “le voyage n’est nécessaire qu’aux imaginations courtes” - By Colette.


Restent mes préférés, les champions, ceux qui brandissent les étendards de leur liberté, sans même voir à quel point leurs egos se fourvoient. De la prose poétique à la tirade politique, ils s’approprient un souffle d’esprit qui dans les faits, ne soulève pas un pet de poussière sur leur quotidien. Et le plus triste, c’est qu’ils y croient. Des champions comme mon ex, Bernard, qui publie des citations de Pablo Neruda avec effet PARCHEMIN, s’il vous plaît.


Je vous dresse le tableau : 2h du matin, Bernard 36 ans, poils de chat et trou de chichon dans les draps, tire sur son splif et entame son laïus. Appréhension des responsabilités, perte de son indépendance… Pour Bernard, faire quelque chose de sa vie, c’est abdiquer face au consumérisme. S’il se trouve très anti-système en changeant la couleur de ses chemises, pour ce qui est de prendre des risques afin de réaliser ses rêves, encore faudrait-il qu’il en ait. En l’écoutant parler, je réalise avec effroi l’existence d’une frontière mince et vraiment pas claire, entre ce que certains appellent la liberté d’action et d'autres la fainéantise. En bout de ligne, Bernard peut bien avoir sa propre idée de l’indépendance, de là à se reconnaître dans les mots du poète chilien tout en pointant au même bar depuis 15 ans pour une job à zéro responsabilité, ça révèle une solide opinion de soi-même.


Bref, vous l’aurez compris, bien moins qu’une critique de la société de consommation, parler des citations sur Facebook est surtout un bon prétexte pour passer mes nerfs. Voyageurs, beaux parleurs, bloggeurs, on parle beaucoup pour ne rien dire, et c’est pour ça que je terminerai avec ce grand proverbe populaire (cliquez sur le lien!) :


C’est ceux qui en parlent le moins qui en mangent le plus.

McCain


Bisous